Le Joola: Témoignage d’une mère de famille et ses 3enfants péris

«J’imagine mes enfants bloques au fond du bateau (Des pleurs, des pleurs) Il faut sortir le bateau, même si c(est une épave au moins cela va soulager nos consciences. C’est ça mon souci, l’argent, le musée importent peu mais qu’on sort le bateau. Mes enfants sont toujours coincés sous l’eau, qu’on nous sort le bateau (elle se répète en pleurs).»

« Quand le bateau a chaviré en 2002, Idrissa Diallo (Actuel maire de Dalifort) était aux Etats-Unis. Je devais aller avec les enfants le rejoindre. Mon fils aîné venait juste de boucler ses 15 ans et avait obtenu son Bfem. J’ai dit à Idrissa au téléphone qu’il se pourrait qu’on prenne notre vol, au milieu de l’année scolaire. Et je voudrais profiter des vacances pour que les enfants aillent voir leur grand-mère à Ziguinchor. Ce qui fut décidé. Je devais les accompagner mais j’avais encore des choses à régler. Je leur ai proposé de me devancer. C’est ainsi qu’ils sont partis par la route en passant par Tamba. Il y avait le fils du grand frère de Idrissa qui les accompagnait. Ils ont fait 15 jours à Ziguinchor. Et une semaine avant leur retour, je devais aller les prendre, façon de dire au revoir à la maman de Idrissa Diallo. J’avais fini de me préparer pour y aller mais le jour même, mon mari m’appelle pour me dire de ne pas y aller. Tu peux appeler la maman et les enfants vont venir. Mon mari m’a dissuadé invoquant des raisons financières.

J’ai fini par rester. Le matin, je me suis réveillée dans l’espoir d’aller prendre les enfants au Port de Dakar. Mais je n’ai pas dormi de la nuit. J’avais l’esprit tourmenté. Comme si j’avais un mauvais pressentiment. J’avais dit à ma femme de ménage de préparer le plat dont les enfants raffolaient le plus.

Quand je suis arrivée tôt au Port de Dakar, j’ai vu des militaires, des gendarmes qui commençaient à ériger des barrières. Je me disais qu’il y a quelque chose qui ne tournait pas rond. Pour un bateau qui devait arriver à 6heures, l’attente était devenue interminable. Fatiguée de l’attente, je me suis adossée sur un pan du mur de l’embarcadère. Tout d’un coup, j’entends le générique de Walfadjri Fm. J’ai entendu l’homme qui écoutait sur son transistor s’exclamait : «Non ce n’est pas possible !» Puis j’ai entendu des cris qui provenaient de tous les coins du Port. Le monde s’écroulait sous mes pieds, je ne pouvais plus tenir sur mes deux jambes. Quand je ne me suis approchée de l’homme qui écoutait la radio pour lui demandait ce qui se passait. Il m’a annoncé la nouvelle du chavirement du bateau. Je tremblais de tout mon corps. Il m’a demandé ce qui se passait, je lui répondis que j’en avais quatre à bord. J’ai essayé de composer le numéro de ma maman à Dieuppeul mais je ne me souvenais plus de son numéro de téléphone. Quand j’ai repris tant soit peu mes esprits, j’ai pu appeler à la maison et je suis tombée sur ma petite sœur et je lui ai dit qu’elle savait que Maman était hypertendue et je lui ai demandé de faire preuve de courage et de garder la foi, puisqu’ils ont dit à la radio que le Joola a chaviré. Ma sœur a crié et jeté le téléphone. Je ne sais toujours comment j’ai pu être si forte pour faire face à l’épreuve. (Des pleurs…) C’est ainsi que ma famille est venue à l’embarcadère. Entre-temps, le grand frère de mon mari est passé à la maison pour récupérer son fils, j’ai demandé à la femme de ménage de venir nous prendre à l’embarcadère, puisqu’il était en congé. Quand il est arrivé à l’embarcadère, je lui ai annoncé la nouvelle. Mais il n’y croyait pas. C’est sur ses entrefaites que ma maman et ma sœur sont arrivées. Etreinte par l’émotion, ma mère s’est évanouie et tombée sur le bitume (…)

Quand je suis restée deux jours ou trois sans voir le bateau, je me suis résignée, parce que qui connait la mer. Des enfants ne peuvent pas vivre…Je suis restée à Dieuppeul et les gens venaient pour me présenter leurs condoléances. (Des pleurs, des pleurs). Mon fils aîné venait d’avoir le Brevet de fin d’études et moyennes (Bfem) ils étaient très intelligents. Leur père s’était donné tant pour l’éducation de ses enfants.»

 

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