Publication de son livre à paris : le double défi de Sonko à la République

Ousmane Sonko a fait éditer son livre Pétrole et gaz au Sénégal : chronique d’une spoliation, à Paris. Il aurait eu des difficultés avec les éditeurs sénégalais qui l’auraient poliment rejeté parce que craignant des représailles de la part des autorités.

A l’occasion de la cérémonie de dédicace, il a eu à lancer un défi aux hautes autorités de l’Etat, en l’occurrence le Président Sall, son Premier Ministre, le Ministre des Finances ou le Ministre Aly Ngouille Ndiaye qui s’est occupé de l’énergie, de, soit publier un livre de réponse, soit accepter un débat public et contradictoire pour éclairer la lanterne des Sénégalais.

Mais ce n’est là que le second défi, celui-là moins contraignant pour les autorités parce qu’elles savent qu’elles ne seront pas obligées de répondre dès lors que la personne qui les interpelle, quelles que puissent être ses compétences et son expérience, est avant tout un opposant. La pilule sera moins amère si personne ne réagit, étant entendu que les réponses « politiques » de sauraient tarder.

Le premier défi qu’il a lancé aux autorités sénégalaises, est celui du respect de la liberté de pensée et d’édition. Et c’est celui-là que les autorités doivent impérativement relever.

Il est déjà préoccupant que tous les trois éditeurs contactés invoquent, selon Sonko lui-même, des risques de frustrer le régime et versent dans l’autocensure. On nous dira que les autorités n’ont rien à voir avec cela, mais, ce n’est pas exact. S’il n’y avait pas d’antécédents, les éditeurs seraient heureux de s’occuper de ce type d’ouvrages. Leur politique d’autocensure n’est pas gratuite et obéit à une lecture objective de la situation.

Pis, le fait de devoir aller jusqu’en France pour publier son livre afin de dire ce qu’il pense de la marge de la démocratie de son pays et surtout de la gestion des ressources publiques, pose problème.

Mieux, le fait qu’il doive, dès son retour, rencontrer les autorités policières compétentes et qu’il nourrisse des appréhensions quant à la possibilité de le vendre sur le territoire national, en dit long sur l’existence possible, au Sénégal, où la démocratie est pourtant citée en exemple, d’une forme de censure d’œuvres littéraires ou artistiques.

Sur des cas extrêmes pour des publications qui portent atteinte gravement à la stabilité du pays, on peut comprendre, mais, fondamentalement, il n’est pas admissible de censurer des publications parce que simplement, les contenus n’agréent pas le régime en place.

C’est ainsi que sous Abdoulaye Wade, pas moins d’une vingtaine d’ouvrages avait été censurée. Parmi eux, deux de Abdoulatif Coulibaly, trois de Mody Niang, un de Abdou Aziz Diop et bien d’autres.

Ousmane Sonko vient ainsi de lancer un défi majeur au régime de Macky, celui de se conformer aux standards démocratiques universels d’acceptation des débats contradictoires et des critiques couchés dans des ouvrages. Car, il s’applique sur les auteurs toutes les règles liées à la diffamation et à la diffusion de fausses nouvelles « de nature à discréditer les institutions », comme le dit la loi.

Tout pour dire que c’est à la Justice de contrôler le contenu de ces ouvrages et non pas à l’Exécutif. Nous n’avons pas en matière de presse, un ‘’régime de prévention’’ mais de ‘’sanction’’.

Par ‘’régime de sanction’’, il faut comprendre que l’on peut tout publier, à charge pour les contrevenants à la loi, de répondre devant les tribunaux après une plainte.

Comme quoi, si l’Etat se met à censurer tous les ouvrages qui ne lui sont pas favorables, cela n’encouragera nullement l’édition qui est déjà bien faible au Sénégal.

Le fait pour les éditeurs de décliner l’offre de Sonko n’a pas empêché le livre de paraitre. Le fait de l’interdire de vente au Sénégal n’empêchera nullement les Sénégalais de le lire.

Qui plus est, Macky a eu ses livres laudateurs et d’autres pourraient voir le jour. Mais tout le monde n’est pas dans « le Macky » et il faudrait, pour un débat contradictoire, que d’autres écrivent le contraire.

Assane Samb

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