Il était une foi… Serigne Habib, le cadet de Maodo

Fils cadet de Maodo, Serigne Mouhamadou Habib Sy (1906-1992) a été un grand serviteur de la Tijaniya. Un homme affable et très à cheval sur la Sunnah du Prophète Mouhammad (Psl). Un mystique guide religieux qui a toujours refusé de se nourrir de la sueur des talibés.

C’est un triste destin qui s’articule autour de la mort. Pour l’aîné comme pour le cadet de Maodo, la route du Khalifat s’est ouverte sur une tombe. Sur un coup de grâce du Tout-puissant, le seul en droit d’en disposer. Contre qui IL veut. Quand IL veut. Fût-on fils d’El Hadji Malick Sy, serviteur de l’Islam et prétendant au trône de la Tijanya. S’appelle-t-on Habib, le bien-aimé et dernier des garçons de Sokhna Safiétou Niang, la pieuse. Rien n’y fait.

Comme Sidy Ahmet, tombé en Grèce et enterré en Salonique, Habib aussi a péri loin de Tivaouane, lors d’une funeste matinée de l’an 1992. En France où il séjournait, le cadet de Maodo, qui devrait naturellement assurer les charges de Patriarche de la famille Sy, a faussé compagnie. La surprise est colossale, la douleur abyssale. Mais, en bon croyant, Tivaouane s’est accommodé le décret. Juste un vœu, une dernière volonté : Habib sera rapatrié au Sénégal pour reposer au côté de sa mère. Cette brave dame, qui l’avait vu naître puis initié à cette grande aventure de la vie. Celle-là dont l’amour incommensurable était pour Habib, le talisman de toute une existence. Qui a commencé et fini à Tivaouane, à l’ombre de Maodo.

Né en 1906, Serigne Mouhamadou Habib Sy a été très tôt initié à l’enseignement coranique, par son père, Seydi El Hadji Malick Sy. Garçon sans heurt et de nature discrète, il a été comme débarrassé de tout chichi, du clephte qui accompagne la vie de cadet. Hagiographe de la famille Sy, Imam Souleymane Bâ reçoit en face de la demeure du Khalife général des Tidianes, Serigne Mbaye Sy Mansour. Il raconte, un brin nostalgique : «Serigne Habib était un modèle de droiture, de sobriété et d’humilité. Il était généreux et très effacé.» Une discrétion qui fait qu’il était très difficile, voire quasi-impossible, de distinguer Habib des  autres talibés de son père ou même de ses aînés.

«Serigne Habib Sy et le jet d’eau de Satan…»

Surnommé «Borom tampon bi», Serigne Habib était doté d’un grand pouvoir mystique. «La preuve, raconte Imam Souleymane Bâ, il avait décidé de vendre son véhicule à dix millions FCfa. Un client s’est présenté à lui avec la somme. Mais quand il a posé l’argent devant le marabout, un soufflet s’est levé et les billets ont commencé à se séparer. Sur les dix millions FCfa amenés par le client, les trois millions, qui étaient licites, se sont mis d’un côté et les sept millions FCfa illicites, de l’autre. Surpris, le  client a perdu ses mots face au marabout qui lui demandait ce qu’il pensait de la situation. Et en réponse aux tentatives de justifications du client, Serigne Habib Sy a tapé fort le sol et lui a dit : «Tu as entendu ce bruit ? Si je creuse jusqu’au fond, je n’y trouverai que de l’or et du diamant, mais mon père (Maodo) nous a appris que mieux vaut être proche de Dieu que d’avoir tout l’or du monde.»

Une autre fois, c’est à Diacksao, lieu de retraite de son grand-frère, le défunt Khalife, Serigne Abdou Aziz Sy, que le miracle s’est produit. Ce jour-là, il faisait excessivement chaud et Serigne Habib Sy et les talibés qui étaient en train de cultiver de l’arachide, avaient soif à mourir. Et tout d’un coup, comme la lumière fut, un immense jet d’eau est apparu au milieu du champ. Les disciples ont alors commencé à tomber en transe, disant que c’est un miracle de Serigne Seydi El Hadji Malick Sy. «Devant cette jubilation, raconte Imam Souleymane, Serigne Habib est venu s’asseoir auprès du jet d’eau, son chapelet à la main, récitant des versets du Saint Coran jusqu’à ce que l’eau disparaisse. Ainsi, il se retourne et lance aux talibés : ‘’Vous ne pouvez pas encore faire la différence entre les pratiques de Satan et les miracles de Dieu.’’ Cette apparition subite de l’eau a été l’œuvre de Satan qui voulait faire croire aux talibés que Maodo est au-dessus de Dieu.» Une première alerte, mais pas la dernière.  Alors qu’il était entouré de ses talibés, encore à Diacksao, le fils cadet de Maodo a laissé un scorpion le piquer sans réagir. Les talibés, surpris par le comportement du marabout, l’ont interpellé. En réponse, rapporte Imam Souleymane Bâ, Serigne Habib Sy leur a dit ceci : «J’étais là tout à l’heure, en train de vous enseigner l’endurance et le scorpion est venu me piquer, donc si je crie de douleur où classerai-je ce que j’étais en train de vous enseigner sur l’endurance ?»

«Il est le premier à offrir un million FCfa à Serigne Babacar Sy»

Très à cheval sur la Sunnah du Prophète Mouhammad (Psl), Serigne Habib Sy avait un respect total de la fraternité. De la hiérarchie. Il ne perdait jamais de vue qu’il était le cadet de sa famille et agissait en conséquence. A son grand frère, Serigne Babacar Sy, il servira de chauffeur, mais également de garde du corps. On rapporte même qu’il est le premier à lui offrir un million de francs Cfa. «A cette époque, raconte Imam Souleymane, cette somme représentait beaucoup d’argent. Mais, il s’en est jamais soucié, n’en a jamais fait cas.» Une largesse que le cadet de Maodo appliquait aussi à ses autres grands frères, notamment à l’endroit de Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh. «A une période de sa vie, Serigne Habib a longtemps séjourné à Diaksao, juste pour aider à cultiver les champs de Dabakh. Il se confondait aux talibés et ne rechignait guère à la tâche. Il pouvait se dire qu’il était un fils de Maodo et  pouvait s’arrêter à superviser le travail, mais il a préféré y participer. D’ailleurs, il disait toujours aux talibés que le champ n’appartenait pas à Serigne Abdou Aziz, mais à Dieu. Et quiconque voulait profiter des rétributions du Tout-puissant devait y laisser de sa sueur.»

Son amour pour son grand frère, Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh, était connu de tous. Habib était même en lévitation face à Dabakh. Imam Souleymane Bâ : «Parfois, il se mettait à contempler Serigne Abdou Aziz Sy et puis se mettait subitement à prier Dieu de raccourcir sa vie au profit de celle de Dabakh. Il disait : ‘’Si je devais vivre, par exemple 100 ans et que Dabakh devrait en vivre 50, je demande au Bon Dieu de prendre mes 50 ans et de les rajouter au 50 de Dabakh.’’ Quelle générosité !»

«La Gambie, le Daara de Bakaw Town et le commerce…»

Digne héritier de Maodo Malick Sy, Serigne Habib Sy pouvait faire comme beaucoup de chefs religieux : vivre des «Hadiyas (dons)» des talibés. Mais, le fils cadet de Maodo a toujours refusé de la sueur des autres. A la place, il a opté de travailler pour son propre compte. Il était agriculteur, pendant l’Hivernage et commerçant, le reste de l’année. Mais à force de négoce, le commerce avait pris le dessus sur tout. Il partait acheter de la marchandise dans des pays de la Sous-région, comme la Gambie, qu’il revenait vendre au Sénégal.

Le fils cadet de Maodo profitait aussi de ses déplacements, à Banjul par exemple, pour perpétuer l’œuvre de son père. Il y compte beaucoup de talibés, notamment à Bakaw Town où Serigne Habib Sy où il possède une maison. Imam Souleymane : «Quand Serigne Habib Sy partait en Gambie, il n’y avait à l’époque pas autant de musulmans. Il y avait monté un dahira, dénommé le dahira des convertis.» Au delà de la Gambie, Serigne Habib Sy voyageait beaucoup pour propager la gnose de Maodo. Et le plus souvent, il y allait seul, comme on part en mission, laissant derrière lui, à Tivaouane, ses quatre épouses et ses enfants. Imam Souleymane Bâ : «Serigne Habib est une fois resté plus de cinq ans hors du Sénégal et c’est finalement, son père qui est parti lui dire de rentrer au pays.» A Tivaouane où il repose depuis 1992, au côté de sa maman, Sokhna Sofiétou Niang, au sein de la Mosquée de Seydi El Hadji Malick Sy.

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