Abou Thiouballo marabouté?… Regardez sa réponse

Du talent, il en a. Abou Thioubalo est connu pour sa belle voix et une puissance vocale avérée. Natif de Pikine ayant toujours revendiqué sa ‘’Pikinité’’, il est le jeune artiste qui en 2009 avait gagné l’amour et l’estime de beaucoup de Sénégalais. ‘’Solution’’, son premier album lui a permis d’être découvert par le grand public. Mais son succès a duré le temps d’une rose. Après la participation dans l’album ‘’Fatalikou 2’’ de Youssou Ndour en 2015, l’artiste continue ses activités sans faire trop de bruits. Trouvé au studio du producteur Papis Konaté, il renseigne plus sur ses activités, ses projets et quelques lignes de sa vie. Entretien.

ABOU THIOUBALO: «J’ai été tailleur, j’ai fait de la tôlerie, j’ai été soudeur carrosserie, soudeur métallique et…»

«Gaañi man dama feebar, mbëgeel la ma daanel…». L’héritier de Ndongo Lô se relèvera-t-il de son coup de foudre ? Ceux qui sont tombés sous le charme du garçon à la sortie de son album «Solution»se sentent un peu frustrés de ne pas voir sortir une autre production. Abou Thiouballo, sur cette question et sur d’autres, se livre avec sincérité et une surprenante lucidité. Entretien avec un chanteur à la voix exceptionnelle, mais qui trace sa voie sans précipitation. Et avec une simplicité confondante, loin des étincelles et feux d’artifices du succès. Cependant, pour rassurer ses fans, il révèle dans cet entretien quelques cordes qu’il a encore à son arc toujours tendu d’auteur compositeur prometteur.

A part votre participation au projet d’album de Youssou Ndour, le public vous avait carrément perdu de vue. Cela est dû à quoi ?

Je suis en activité actuellement. Je fais des soirées, des after-Work dans des restaurants de la place et j’anime quelques plateaux, récemment avec la journée internationale de la femme j’étais sur la Rts. Le mois dernier j’ai fait une soirée et au mois de décembre dernier également. Il y a des gens qui me proposent des prestations ou animer des after work. En réalité, je suis plus concentré sur la sortie de mon prochain album.

Qu’est-ce que la participation à cet album vous a apporté ?

D’abord travailler avec Youssou Ndour pour un jeune artiste comme moi est une grande chance, une opportunité à saisir. Donc c’est un pas en avant. J’ai appris grâce à cette expérience beaucoup de choses en passant beaucoup de temps en studio avec lui. Il nous a donné un album qu’il devait faire, donc c’est une grande fierté. Cela m’a aussi apporté beaucoup de succès. Il y a eu un moment où mon nom était entendu partout. Et ce, à chaque fois qu’on parlait de Youssou Ndour.

Quelles sont vos relations avec Prince Art?

Pour la production de ’Fatalikou 2’’, nous avons travaillé avec Youssou Ndour dans son studio personnel. Ce n’était pas avec Prince Art. C’était un produit de Youssou Ndour.

Pensez-vous pouvoir relancer seul votre carrière et avoir autant de succès qu’en 2009 ?

J’ai la même pensée que lors de mes débuts. Mon objectif est de sortir un album et qu’il soit bien accueilli par le public. Le reste dépend de la volonté de Dieu. Je ne pense pas à autre chose. Tout ce que je sais faire c’est chanter. Alors je continuerai à le faire. On m’a découvert alors que je ne connaissais pas beaucoup de personnes. A ce moment, il n’y avait même pas beaucoup de télévisions comme aujourd’hui et pourtant cela marchait comme on le voulait. C’est après que d’autres personnes sont venues en appui et il y a eu un succès. La base c’est la voix et un bon staff et à mes débuts je n’avais même pas de staff. C’est l’aide de Dieu et non d’une personne ou une autre qui peut faire en sorte que je sois au sommet.

Vous avez du talent, tout le monde vous le reconnaît. Malgré tout votre carrière a du mal à prendre de l’envol, pourquoi à votre avis ?

Je me réjouis du fait qu’il n’a jamais été écrit que j’ai fait telle bêtise ou telle autre chose depuis que je suis artiste. C’est grâce à Dieu que j’ai pu avoir un tel succès donc aujourd’hui c’est le bon Dieu aussi qui met un autre artiste à un niveau élevé. Pour chaque période, c’est le tout puissant qui choisit une personne et lui donne du succès. Si l’on prend l’exemple sur le football, il y a eu un temps où les El Hadj Diouf et autres étaient au-devant de la scène et actuellement on parle d’autres joueurs. Il en est ainsi pour les lutteurs aussi ils ne sont pas tous rois des arènes. Mais pour autant, cela ne signifie pas qu’ils ne soient pas des lutteurs. Je pense que la musique n’est que la musique. Aucun n’artiste ne pourra accepter que son collègue artiste soit plus talentueux que lui. Mais on reconnait que tel artiste est devant à une période bien précise. Ma vision de la musique et des musiciens n’a pas du tout changé de 2009 à maintenant. Toutefois un chanteur peut dans sa carrière être au top et se réveiller un beau jour et voir un autre le détrôner.

Que comptez-vous faire pour retrouver votre place ?

C’est pour reprendre cette place qu’on souhaite prendre un nouvel élan avant de sortir un bon produit qui est l’album qui sera disponible sur le marché sous peu. Depuis bien longtemps déjà, on est en studio et dans la production de cet album pour servir au public du lourd. Sinon on aurait pu faire un album rapidement mais cela risque d’être des musiques passagères et pas de la qualité que je souhaite servir aux mélomanes. Entre temps, j’ai eu à faire beaucoup de featuring, notamment avec Salam Diallo, le groupe Facebook, Eumeudy Badiane, Waly Seck, Assane Thiam, Youssou Ndour entre autres. Pour dire que je ne reste pas les bras croisés. Mais tout artiste désire aller de l’avant et faire une bonne carrière.

Croyez-vous au maraboutage dans le milieu du showbiz et qu’en pensez-vous ?

Oui j’y crois parce que depuis ma naissance j’en entends parler. Je suis né et je l’ai trouvé dans la société. Mais si l’on se réfère à la volonté divine on n’y croira pas. Et comme on le dit en wolof ‘’Kou nek sa weurseuk nguay lek ’’. Quand je dis que j’y crois, c’est parce que cela existe ou en tout cas on le dit. Mais une personne n’a jamais récolté du bien en faisant du mal à autrui. Un jour viendra il n’y aura que des regrets.

Vous concernant n’avez pas en un moment eu des doutes ?

Non. Depuis ce sont les gens qui en parlent mais jamais je n’ai eu des doutes comme quoi on m’aurait envouté. Et puis je ne suis pas malade. Je ne sens rien dans mon corps qui me fait penser à cela. Si j’étais malade hospitalisé ou que je disparaisse, c’est peut-être là qu’on pourrait dire que j’ai été marabouté. J’ai trouvé beaucoup de chanteurs en débutant ma carrière dans la musique pourtant l’on ne parle pas d’eux. Mais quand on fait un bon travail tout le monde s’inquiète pour le moindre détail de peur que ce soit lié à ces choses-là… Je suis toujours dans mes activités et j’ai de bons rapports avec les artistes. Aussi je ne pense pas qu’une personne puisse être aussi méchante et d’une manière vraiment gratuite pour empêcher à son prochain de vouloir aller de l’avant. Je n’y ai jamais pensé mais s’il est vrai que quelqu’un l’a fait, je ne le lui pardonnerai pas.

Qu’en est-il de votre prochain album ?

Ça sera un album de 7 ou 8 titres. Six titres étaient prévus au début mais Papis Konaté a trouvé qu’on pouvait y inclure d’autres qui sont les plus demandés lors des soirées. Mais le nom de l’album je le garde comme surprise… Il y a quand même un morceau phare de l’album qui parle d’amour. La dernière fois (son premier album) j’étais à la recherche d’une solution parce que j’étais amoureux d’une amie et je ne savais pas comment le lui dire pour ne pas que la relation s’arrête là. Cette fois si c’est une histoire d’amour aussi. Les parents de la fille m’estiment mais son grand frère qui est dans la maison est robuste et ne m’aime pas. Dans les couplets je fredonne en demandant à la fille de me suivre pour qu’on aille ailleurs. Donc si je cherchais une solution cette fois ci je cherche un baume pour massage car mon beau-frère jaloux m’aura bien bastonné. Pour dire que je suis toujours sur le chemin de l’amour.

Depuis quelque temps on ne vous voit plus beaucoup. Que devient Abou Thiouballo ?
Je suis là, avec un programme très chargé. Chaque semaine, je joue. Partout, pas à Dakar seulement, mais à l’intérieur du pays aussi. C’est au Madison que j’étais les jeudis, au Nirvana, j’ai remplacé Salam Diallo, par ce qu’il avait voyagé et, à son retour, je lui ai rendu sa place, mais je n’y ai jamais joué sans que cela ne soit plein à craquer. Le Diamond, tous les artistes ont essayé d’y faire une prestation, mais, un jour ça marche, un autre ça ne marche pas, et c’est une chose qui est normale, cela a toujours été ainsi dans le showbiz et ça le restera. Le Ravin, la première fois, le 15 août dernier, première soirée, la seconde pour l’Asc Thiossane, la troisième pour l’Asc Pikine, la quatrième c’était pour les «Goney Diangue». Il y a aussi eu le Just4U qui, en un moment, avait expliqué que le «Mbalax» y était interdit parce que les riverains se plaignaient. Et à part moi, c’était Mame Goor et Cheikh Lô qui y jouaient. Nous avons tous arrêté en même temps et je suis reparti au Madison, mais j’ai arrêté récemment, le mois dernier pour plusieurs raisons.

Lesquelles ?
Je voyageais beaucoup en ce temps, et le gérant de la boîte m’a appelé pour me dire de le prévenir pour qu’il programme quelqu’un d’autre ce que j’ai fait. Mais quand je suis revenu de Suisse je l’ai appelé en vain, il n’a pas voulu me prendre, et je me suis dit aussi que ces soirées-là ne me sont d’aucune utilité, ça ne rapporte pas de l’argent comme dans les autres soirées où j’ai 1 million par nuit si c’est un play-back et 4 millions si je suis avec mon groupe.

Comment cela, ça ne rapporte pas d’argent ?
Il y a un phénomène dans les boîtes, dont personne ne veut parler. Je vais vous le dire. Ce qui est à la mode, c’est qu’un musicien qui organise sa soirée peut prendre 200 entrées qu’il offre à des filles pour que la boîte soit pleine, imaginez-vous ! Mais moi, je ne le faisais pas, n’empêche, je remplissais la boîte et c’est le gars du Madison qui m’a imposé cela, en me disant que tout le monde donnait des entrées gratuites que je devais le faire aussi. Parfois des artistes font le plein dans les soirées, mais quand ils ont fini ils n’ont même pas de quoi payer leurs musiciens parce qu’ils offrent des entrées gratuites. Je ne dis pas cela pour faire du mal ou pour saboter, mais c’est la nouvelle tendance et cela appauvrit la musique et la fait reculer. J’ai sorti mon album en fin 2009 et cela semble lointain parce que j’ai eu du succès grâce à Dieu. Il y a d’autres qui ont sorti 4 ou 5 produits sans qu’on ne les connaisse, j’ai été partout dans le monde et suis connu. Moi Abou Thiouballao, «Borom Solution» j’ai rempli toutes les boîtes où je j’ai joué ici et personne n’en a parlé mais quand il n’y avait plus de monde, on a commencé à parler.

Vous accusez des gens en particulier ?
Ce qui me fait le plus mal c’est que les journalistes écrivent sur moi des contrevérités. J’ai été aux Usa en tournée et il y a eu des rumeurs terribles véhiculées par mes ennemis qui disaient que j’étais très malade et que j’étais parti pour me soigner et Dieu sait qu’il n’en était rien. Lors du décès de la mère de Salam Diallo, une dame m’a interpellé pour me demander si j’allais mieux. Un matin, deux animateurs disaient que j’étais malade, alors que l’un d’entre eux vient chez moi et on devait même partir ensemble aux Usa, il a mon numéro et aurait pu m’appeler. La mère de Sidy Samb, Adja Daro Mbaye, m’a appelé pour me dire : «il ne faut même pas écouter ce qu’on dit sur toi, moi j’étais à Sorano et on a tout dit sur nous mais jusque-là nous poursuivons notre chemin».
Lorsque, j’ai dit que j’étais Thiouballo, pêcheur, j’ai juste dit que je saurais soigner quelqu’un qui a avalé une arête de travers parce qu’on nous l’apprend. Le gars a affirmé que j’ai dit avoir des pouvoirs mystiques, je ne peux pas pardonner cela à quelqu’un. Il y a aussi quelqu’un qui a écrit que j’ai dit qu’on m’a marabouté, ce que je n’ai jamais dit. J’étais en France, je ne l’ai jamais dit. Une nuit (Rires), au garage Pompiers, ma voiture a eu un problème de lampe et s’est éteinte, j’ai heurté un petit poteau, les gens m’ont aidé à la pousser et dans le noir, un photographe m’a pris en photo, mais il a juré qu’il ne la sortirait pas. Le lendemain, on a écrit que j’avais eu un accident. Lors du Sunu Music Awards, on a donné à tout le monde un trophée, sauf à moi, à Viviane et à Titi. Quand le journaliste m’a interrogé, je lui ai dit que je ne sais même pas ce que cela signifie, parce que je n’ai pas fait les bancs, mais je suis content parce qu’avec tout ce que ce pays compte comme musiciens, j’ai été choisi parmi les six meilleurs.
Et puis, l’une de mes idoles de la musique, Ndongo Lô a tout entendu, toutes les atrocités, mais quand il est décédé tout le monde l’a pleuré. Quelqu’un faisait de la médisance sur lui devant moi, alors que lors de son décès, cet homme a pleuré comme un bébé. Il a pleuré autant, parce qu’il a eu honte. Un jour, à la radio une personne a parlé à l’antenne en disant des choses pas jolies du tout sur moi, je n’ai pas répondu, mais je lui ai juste dit de se rappeler que nous allons tous mourir et ceux qui salissent mon nom auront honte quand je serais mort. Il faut se rappeler cela.

Comment avez-vous vécu la période euphorique «Solution» ? Racontez nous ?
Cela n’a rien changé en moi. J’ai été avec mes amis d’enfance, cela ne m’a rien fait vraiment, parce que j’ai longtemps chanté, les gens me suivaient avant cet album. Je suis comme cela, j’ai toujours été comme cela. Je n’ai pas la grosse tête, j’ai gardé les mêmes amis et quand je suis avec eux en public, ils m’aident quand je veux faire quelque chose, ils me témoignent encore plus de respect, m’encouragent à persévérer et j’en suis parfois gêné. Mais quand on est seuls, on reste entre amis. Ce sont eux que j’ai chanté dans l’album, pas des gens riches, c’est Abdourahmane Sarr par exemple. Dans une émission télé, quand je montrais la maison de ma mère, il n’y avait même pas de chambres en bon état, c’est pour vous dire que je suis fier de ma mère, d’être de là-bas et Dieu m’a aidé à y construire une terrasse carrelée en haut et en bas. J’ai construit une maison grâce à ce produit, j’y ai pris mon appartement, j’ai une voiture, beaucoup d’autres de choses et je rends grâce à Dieu pour cela. Mais il faut reconnaître que le milieu de l’art est trop dur.

Donc vous êtes riche ?
Je peux juste dire que ce que je gagne actuellement, je ne l’avais pas au début, quand «Solution» cartonnait. Tout ce que je faisais était géré par des gens, mais là, je prends moi même les avances, je gère tout moi-même, je gagne de l’argent, mais ce n’est pas beaucoup pour autant, c’est plus en tout cas que lorsque l’album était sur le marché. Cela s’explique par le fait que j’ai fait des play-back, hier (Ndlr : mercredi), j’étais à Vélingara, à Diaobé, en Gambie et là je dois aller en tournée en Italie avec mon groupe dans quelques jours. Et après cela, je dois retourner aux Usa, dans des villes où je n’ai pas encore été. Sortir un album, ne veut pas dire que vous êtes en pleine action, l’essentiel est d’avoir de l’argent. Un jour, alors que je discutais avec Youssou Ndour, il m’a dit : «Abou lorsque les gens font la compétition, ne les suit pas, toi, cherche une carrière. Le truc, c’est d’avoir une carrière, pour bien finir parce que tu ne peux rien chanter de nouveau que les gens n’ont pas déjà chanté. Fais un effort, tu pourras être un grand chanteur».

Où en êtes-vous avec votre prochain album ?
Je remercie Dieu, je répète, je chante mieux aujourd’hui, j’ai fini mon second album depuis longtemps, quand je sortais «Solution», j’avais écrit 17 titres, et j’en ai sorti 6. Il m’en reste beaucoup encore. Mon Cd est fini et j’attends juste le moment opportun pour le mettre sur le marché.

C’est quand le bon moment ?
C’est que j’ai trouvé sur le marché beaucoup d’autres chanteurs, et ceux-là sont toujours là et n’ont encore rien sorti, mais on dit toujours où est Abou Thioubalo ? Pourquoi il n’a toujours pas de nouvelle production ? Je ne vais pas me presser, ni faire comme si je chantais mieux que tout le monde. Je fais doucement, parce qu’il faut aussi respecter les gens et chanter des choses sensées. J’ai mes aînés dans l’art, ils ont sorti des Cd avant moi, et puisque je suis jeune (Ndlr : Il est né en 1979) et que je n’ai juste qu’une production, c’est peut-être pour cela le public a hâte de me revoir

Le public veut savoir si vraiment vous savez chanter ou si «Solution» n’était qu’un coup de chance.
Le public ne peut pas me mettre la pression, ni me faire monter la tête en me disant que je suis le meilleur chanteur dans ce monde. Moi je réfléchis. Également, il ne peut pas me décourager au point que je crois que je ne sais pas chanter, ce que je peux dire, c’est que je ne fais rien de ma vie que chanter, personne ne doute aujourd’hui que Abou Thiouballo sait chanter.

Avez-vous été à l’école avant de chanter ou avez vous eu un métier ?
Je n’ai pas été à l’école française mais à l’école coranique. Seulement je comprends tout ce que l’on me dit en français, mais je ne sais pas répondre. Mais j’ai appris des métiers : j’ai été tailleur, j’ai fait de la tôlerie, j’ai été soudeur carrosserie et soudeur métallique, je chantais en même temps, et c’est la chanson qui a fait qu’on me virait à chaque fois.

Quand est ce que vous avez commencé à chanter ?
J’ai commencé à travailler en 1989, à chantonner ensuite, je suis entré dans les «Simbs» et c’est là que j’ai su que je pouvais gagner quelque chose, mais je ne pensais pas sortir un album, seulement garder les quelques sous que je gagnais. Je chantais chez Ibou Ndiaye avant d’aller chez Ndongo Bèye où j’avais 15 000 francs la journée, rien que pour le «Simb» en plus de ce qu’on m’offrait là-bas, ce qui était très bien, je me suis dit que je vais m’accrocher un peu. Dieu a fait par la suite que j’ai fait un duo avec Fata dans ‘Lamb J’, suivi d’un autre single, ensuite avec Ndella Xalass «affaire yi fatë tarac neex» (les affaires étaient plus que rentables) et c’est là que les Sénégalais m’ont connu. C’était ainsi que je menais ma vie jusqu’à ce que je sorte «Solution» et Dieu peut faire que je revienne avec mieux que cela.

Vos parents étaient-ils d’accord au début quand vous chantiez ?
Quand j’étais encore enfant, j’allais au ‘grand place’ de mon père et je chantais, il m’a mis en rapport avec quelqu’un pour lui dire que quand je serais grand il voudrait qu’il m’amène chez Youssou Ndour. Cette personne est maintenant vielle, et mon père est décédé depuis 1991. Mais c’est ma mère qui refusait que je chante parce que j’étais tout le temps viré de mon lieu de travail. Elle était découragée (Il rit à cette pensée) au point que quand elle me trouvait en train de chanter dans un ‘Simb’ elle me disait «Ya niak fayda, sa mame woyul, sa papa woyul ngay woy». Mais tout cela est aujourd’hui fini, j’ai beaucoup fait pour elle, mais je ne peux pas encore la payer en retour, et je veux faire plus pour elle et tout cela grâce à la chanson. Elle prie pour moi et me conseille de chanter pour conscientiser les populations. Et ce qui me plait le plus dans ma vie, c’est le fait que ma mère vive encore, qu’elle soit contente de moi parce que je suis son fils cadet mais j’ai une petite sœur.

Qu’est ce que vous pensez de la situation qui prévaut actuellement au Sénégal avec les récentes manifestations ?
J’étais en France, donc je ne peux pas me prononcer dessus. Tout ce que je peux dire c’est que les coupures de courant ne me plaisent pas du tout parce que je n’ai jamais eu de retard dans le paiement de mes factures qui se succèdent et sont tout le temps plus chères alors qu’il y a toujours des délestages. Tout est cher même l’eau.

Pourquoi en tant que Mbalaxman vous ne chantez pas sur ces coupures d’électricité ?
Yousou Ndour, le Roi du Mbalax a chanté ‘Boulène coupé’, et rien n’a évolué. Nous autres qu’est ce que nous pouvons faire ? C’est la personne qui gère cela, c’est Karim, je crois, qui peut y apporter des solutions, s’il ne le fait pas, on parlera de lui dans l’avenir. Toute personne à qui on confie une mission et qui n’y apporte aucune solution, on parlera d’elle, même quand elle ne sera plus là, regardez le cas de Nelson Mandela. Il a été président et il a su passer le témoin alors que les gens l’aiment encore et des statues sont érigées en son nom. Il faut prendre son exemple et je parle de tous les présidents autant qu’ils sont. Le Sénégal en est à son troisième président, mais aucun n’a un monument, c’est juste des lieux qui portent leurs noms. Ils doivent prendre exemple sur Mandela.

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